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Mitsubishi est une énigme. Au faîte de sa gloire avec moult succès en rallye et chez les « rapides et dangereux » de ce monde, elle tire un trait sur ses Lancer et Eclipse. Elle fût pionnière de l’électrique abordable avec la citadine iMiEV, mais ne lui donnera pas de suite. Et une fois le succès populaire enfin atteint pour la toute petite Mirage, celle-ci s’éclipse. Son utilitaire RVR vit sa quinzième année sur le marché, en voie de battre le record du précédent Outlander, lui qui a donné son châssis à l’Eclipse Cross, désuet dès son lancement en 2018. Dans cette destinée sous brouillard intense se trouve l’Outlander actuel, phare brillant au succès franc qui représente à lui seul 60% des ventes de la marque au pays. Élaboré avec l’aide du partenaire Nissan, lui qui a fourni son Rogue comme canevas de départ, la petite marque japonaise démontre tout son savoir-faire dans la version PHEV de cet utilitaire qu’on met à l’essai pour vous cette semaine.
Design 7,5 / 10
Si on reconnaît la silhouette du Rogue de profil, les regards demeurent figés sur le pif de l’Outlander, dont le faciès est l’un des plus controversés de toute l’industrie. Les phares effilés au fil du capot sont en fait les feux de jour, les immenses vitrines en soubassement étant la véritable source de lumière. J’avoue être l’une des rares personnes à apprécier cette calandre, qui a l’avantage de ne pas tomber dans le moule. Et avec la finition sans chrome de la version Noir essayée, avouez que l’Outlander a de p’tits airs de Range Rover! L’habitacle est plus étroitement lié à celui du Rogue, dont il reprend des éléments fixes et certaines composantes, comme le petit levier de vitesses. Les sièges de cuirs semi-aniline capitonnés des versions GT et Noir sont d’une richesse épatante dans cette catégorie.




Puissance 7,5 / 10
Si l’Outlander 100% essence reprend une mécanique de chez Nissan, le PHEV est 100% Mitsubishi dans ce rayon. Le 4-cylindres thermique de 2,4-litres de 131 chevaux, dépourvu de turbocompression, est associé ici à une paire de moteurs électriques synchrones à aimant permanent, un monté à l’avant (114 ch) et l’autre à l’arrière (134 ch). Comme chez les hybrides de Honda, le moteur à essence peut soit s’effacer, soit servir de génératrice ou encore de support aux moteurs électriques, selon la demande du moment, avec un pic combiné de 248 chevaux. En l’absence de transmission, le rendement est souple et linéaire, et si l’Outlander PHEV peut offrir un 0-100 km/h dans les six secondes, au volant, on le sent plutôt tranquillement efficace. Si on omet d’appuyer sur le bouton « EV » en début de trajet, le moteur thermique devient interventionniste, un plus pour les prestations, un moins pour l’économie d’essence. Et avec une batterie de 20 kWh, l’Outlander PHEV fait très bien à ce chapitre.
Agrément de conduite 6,5 / 10
Dès la prise en main, on réalise que l’Outlander PHEV a une mission confort, n’en déplaise aux pneumatiques de 20 pouces de la version Noir. S’il subsiste des gènes des succès en compétition de Mitsubishi, on ne les a pas trouvés. L’Outlander offre une conduite relaxe, et s’il peut tenir son lot dans un virage bien pavé, il ne vous incitera pas à augmenter la cadence, les tarages visant avant tout la sérénité de l’habitacle, un message en rupture avec le choix de pneumatiques, les flancs minces étant mésadaptés ici, tapant dur dans les crevasses du pavage. La direction reliée au volant de grand diamètre ne communique pas grand-chose, mais au moins les transitions entre freins régénératifs et de friction sont imperceptibles, quoique la sensibilité de la pédale demande un ajustement initial.

Convivialité 7 / 10
L’Outlander reprend le levier de vitesses trapu du cousin Rogue, un gadget « pousse-tire » avec la position P sur bouton, inutilement complexe, mais on s’y fait. Pour les arrêts-départ fréquents, on remarque que le frein de stationnement électrique est lent à s’actionner, et nous avons démarré « sur l’ancre » à quelques reprises. Une molette rotative permet de choisir le mode de conduite, mais ce dernier revient toujours à « Normal » au redémarrage, ce qui peut devenir agaçant. Et parlant réglages, ceux-ci sont étrangement partagés entre l’ordinateur de bord (commandes au volant, affichage entre les instruments) et l’écran tactile central.
Sécurité 7 / 10
L’Outlander offre la panoplie des aides à la conduite attendue de nos jours, et chaque élément s’est bien comporté pendant notre essai. Aucun freinage automatique non souhaité, un régulateur de vitesse piloté avec mode arrêt-départ efficace dans la circulation, une direction pilotée habile, mais de si courte durée qu’on se demande sa raison d’être et enfin des avertisseurs de présence dans les angles morts conservateurs, mais aux timbres discrets. Les notes générales de l’IIHS vont d’acceptable à bon, alors que la prudence du freinage automatique a résulté dans une note « pauvre », d’où l’absence de tout trophée. La NHTSA n’a pas évalué récemment la version PHEV, mais le modèle essence a mérité quatre étoiles en 2024.

Caractéristiques 7,5 / 10
La version Noir essayée présentait un contenu archicomplet, avec cuirs semi-anilines, projection tête haute, sièges chauffants avec massages lombaires, hayon mains libres, quatre places chauffantes, climatisation automatique à trois zones et une chaîne audio Bose à 10 haut-parleurs dont le rendu s’est avéré décevant pour plusieurs genres musicaux (enfin, tous sauf la techno). La mise à jour qui s’en vient en 2026 verra l’ajout bienvenu d’une chaîne audio Yamaha, et ce, pour toutes les variantes. On retiendra des six versions offertes que la SE offre un excellent compromis prix / contenu, ce dernier comprenant le toit panoramique, le volant chauffant et le hayon électrique. Le contenu technologique croissant des versions LE, SEL, GT et Noir est intéressant, mais trop généreusement tarifé.
Habitabilité 7 / 10
Seul VUS compact avec le Tiguan sortant à proposer une troisième rangée de sièges, l’Outlander semble, sur papier, plus logeable que ses compétiteurs. Cette rangée est toutefois plus strapontin que banquette, et faite d’un bloc indivisible à deux places pour humains sans têtes ou jambes. Il ne faut guère dépasser les 5 pieds pour y loger son crâne, et pour les membres inférieurs, il faudra avancer la banquette centrale au point de l’inconfort. Celle-ci, séparée 60/40, offre en revanche trois véritables places avec un bon dégagement, pour autant que personne ne tente de s’asseoir tout à l’arrière. Les places avant sont également généreuses, et avec mémoires des deux côtés, mais gare à la molette d’ajustement de la colonne de direction en montant à bord, elle a déplu à plus d’un genou.




Confort 8 / 10
Bien malin celui qui trouvera à redire sur les baquets de l’édition Noir. Bien dessinés et drapés de cuirs fins, ces trônes présentent moult ajustements et même une variété de massages lombaires – heureusement qu’il existe une mémoire pour retenir tous ces fins ajustements. L’insonorisation de l’Outlander est louable, mais chaîne audio à l’arrêt, on remarque des bruits agaçants issus de la propulsion électrique. Autrement, c’est zen à bord et comme pour le Rogue, on constate que le confort était haut placé au devis de performance. Choisir une monte pneumatique aux flancs plus conséquents aiderait à parfaire ce beau bulletin.
Économie de carburant 8 / 10
Avec sa batterie de 20 kWh, l’Outlander PHEV annonce une autonomie de 61 km, et nous avons vu des promesses allant jusqu’à 75 km après des recharges. Ces dernières sont nettement plus lentes que chez la concurrence, l’Outlander étant affligé de technologies désuètes, avec un chargeur embarqué de seulement 3,7 kWh et un port de recharge rapide CHAdeMO, l’Outlander étant le dernier véhicule rechargeable à l’offrir avec le remplacement de la Leaf. Alors que la majorité des PHEV se rechargent en deux heures sur une borne domestique de 240 V, il en faut six à l’Outlander! Même si l’autonomie fond de façon non linéaire, elle reste importante et l’Outlander est très efficace avec ses électrons patiemment embarqués, nous ayant livré des moyennes de 22,7 kWh/100 km et 1,0 L/100 km. Pour l’usager urbain, le plein d’essence pourra durer plusieurs mois, pour autant qu’il ait le temps de recharger la batterie!

Valeur 6,5 / 10
L’Outlander PHEV débute avec la version ES offerte à 48 698 $, mais pour 2 100 $ de plus le contenu embarqué avec la SE en vaut le coût et en fait la meilleure valeur de la gamme. Les LE (52 998 $), SEL (55 798 $), GT (58 098 $) et Noir (60 598 $) font payer cher leurs équipements enrichis, et on rappelle que ni la chaîne audio Bose ni les sièges à massage n’ont été très impressionnants. Chez la concurrence, le Ford Escape PHEV n’offre que la traction (avant), mais débute à moins de 44 000 $. Le Tucson PHEV est offert à un peu plus de 47 000 $, tout comme le Sportage, les deux avec un contenu assez près de celui d’un Outlander GT. Le RAV4 hybride branchable rejoint la gamme haute des Outlander, avec des tarifs compris entre 55 000 $ et 60 000 $. On retient que la valeur d’un Outlander PHEV s’étiole au-delà de la livrée SE, surtout qu’au tarif de notre Noir d’essai, l’acheteur peut se permettre un Mazda CX-90 PHEV de mi-gamme, soit un véritable sept places, ou même un Lexus NX 450h+!
Conclusion
Le hasard a voulu que nous prenions le volant de plusieurs concurrents avant de finalement mettre la main sur un Outlander PHEV, lui qui représente 61% des ventes du modèle au pays. S’il s’est bien acquitté du quotidien, l’Outlander commence à trahir son âge avec ses technologies de recharge dépassées et un agencement des différentes composantes mécaniques à parfaire pour obtenir la sérénité attendue au volant. Le Rogue sur lequel il est basé doit être entièrement renouvelé pour 2027, souhaitons donc que Mitsubishi suive la danse. Bien qu’efficace, il manque à son groupe propulseur la souplesse des concurrents, et ces derniers présentent des budgets mieux étudiés. Un Outlander PHEV SE n’est pas une mauvaise affaire, mais sachez qu’un Lexus NX 450h+ de base est offert au même prix que l’Outlander Noir essayé – de quoi faire réfléchir, malgré l’excellente garantie offerte par Mitsubishi.