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Le segment de la minifourgonnette semble figé dans le temps. Depuis plusieurs années déjà, quatre constructeurs se disputent une part du gâteau infiniment petite de l’automobile nord-américaine. Le mouvement des véhicules utilitaires y est bien entendu pour quelque chose, mais le prix de ces fourgons à saveur familiale a aussi son mot à dire dans la décision de certaines familles. L’époque des Dodge Grand Caravan de base à un PDSF de 20 000 $ est depuis fort longtemps révolue.
Comme option pour transporter toute la marmaille, il n’y a rien de mieux que ces véhicules fourre-tout, à moins d’envisager une version passagers d’un de ces gros fourgons commerciaux. Même les gros VUS pleine grandeur n’offrent pas autant de flexibilité intérieure. L’ennui, c’est qu’avec les années, les minifourgonnettes n’ont cessé de gagner en puissance et en couple, à un point tel où une motorisation V6 est devenue le standard du créneau.
Heureusement, au fil des années, Chrysler et Toyota ont décidé de miser sur une alternative hybride. Dans le coin Chrysler, la Pacifica offre un groupe motopropulseur hybride rechargeable, en plus de la variante régulière à moteur V6 atmosphérique. Chez Toyota, c’est strictement une motorisation hybride qui remplace l’ancien V6, et ce, depuis quelques années déjà. Or, depuis le début de l’année, Kia s’est invité à la danse en imitant le modèle de ses deux compétiteurs. La Carnival est toujours livrable avec le V6 corporatif (comme chez Chrysler), mais peut aussi être commandée avec une option hybride (comme chez Toyota).

Il n’en fallait pas plus pour que nous organisions un duel entre les deux plus récentes « minivans » électrifiées sur le marché. Voici ce qui est ressorti de cet essai à deux. Merci d’ailleurs au collègue Daniel Rufiange d’avoir prêté ses talents de conducteur — et de chroniqueur automobile — pour ce test estival.
Design : Avantage Kia
D’un point de vue esthétique, la Kia Carnival, atterrie sur nos routes en 2022 et fortement remaniée pour 2025, sort un peu plus des sentiers battus avec sa carrure assumée. Cet aspect plus robuste place probablement le modèle coréen devant la Sienna qui n’a que très peu changé depuis son introduction en 2021. Même s’il est vrai que la qualité d’assemblage est excellente chez Toyota, ce n’est pas suffisant pour faire pencher la balance au chapitre du design. Pour son côté « utilitaire », la Kia Carnival se montre plus attrayante à nos yeux. Remarquez, tout est une question de goût en ce qui concerne l’apparence d’un véhicule.
Convivialité : Avantage Toyota


La présence de ce large panneau numérique à bord de la Kia laisse croire à un modèle plus facile à vivre que la Toyota, mais ce n’est pas si simple. La présence de commandes traditionnelles pour le contrôle de la climatisation sous l’écran central de la Sienna est déjà un gros plus face à ce mince panneau à double fonction à bord de la Carnival. Cette solution présente dans bon nombre de modèles Kia n’est pas très intuitive et il n’est pas rare de se retrouver à augmenter le volume de la chaîne audio alors qu’on cherche plutôt à augmenter la température dans l’habitacle.
Les deux fourgons sortent de leur usine de production respective avec une large console centrale, mais celle de la Toyota grimpe plus haut laissant aux passagers de la première rangée un peu plus d’espace pour un sac, non loin des jambes des passagers au centre. Le constructeur nippon conserve également l’usage d’un bon levier pour la boîte de vitesses, contrairement à cette variante hybride qui est activée via cette molette qui, il faut l’avouer, a l’avantage de prendre moins d’espace. Notez que dans la Carnival essence, c’est toujours un levier qui prend place à cet endroit. Nous apprécions toutefois cette rangée de boutons entre les deux occupants pour les sièges chauffants/ventilés, le volant chauffant et la caméra de surveillance. Quant au maniement de l’écran tactile, on peut donner un « morceau de robot » supplémentaire à la Kia, mais dans les deux cas, l’écran s’est montré facile d’utilisation.
Motorisation : Avantage Toyota


Les deux fourgonnettes électrifiées sont semblables à plusieurs niveaux comme l’habitabilité, le confort général ou simplement pour le maniement des sièges de deuxième et troisième rangée. Il y a toutefois plus de distinctions sous le capot, alors que la Kia Carnival n’est offerte qu’en configuration à deux roues motrices avant, tandis que la Sienna peut être commandée avec deux ou quatre roues motrices. On suspecte que Kia ne veut pas cannibaliser ses ventes de VUS comme le Telluride par exemple, un véhicule automatiquement équipé du rouage intégral. Et n’oublions pas l’influence du marché américain qui dicte la direction prise par le constructeur. En limitant la motricité de son fourgon familial, Kia s’assure de garder son PDSF à un niveau concurrentiel.
Et ce n’est pas tout, car le bloc thermique de 2,5-litres de cylindrée utilisé dans la Toyota est atmosphérique. À bord de la Kia, c’est plutôt un moteur 4-cylindres turbo de 1,6-litre de cylindrée qui se marie à un système hybride. Dans la Toyota Sienna, la boîte de vitesses est à variation continue; dans la Kia, c’est une boîte six rapports conférant à la coréenne un comportement un tantinet plus sportif. Remarquez, ce n’est pas vraiment le but de l’exercice ici.
Comme l’a fait remarquer mon collègue, le fait d’avoir recours à un petit moteur turbo fait en sorte qu’il est davantage sollicité, ce qui se traduit par une consommation d’essence plus élevée. Quant à la motorisation Toyota, elle a fait ses preuves au cours du dernier quart de siècle.
Agrément de conduite : Avantage Kia


C’est notamment grâce à cette boîte automatique que la Carnival hybride paraît plus sportive. Lors des accélérations plus soutenues, on sent les « à-coups » chaque fois que l’unité demande un changement de vitesse. Il est même possible de changer soi-même les rapports avec ces palettes logées derrière le volant, mais n’allez pas croire un seul instant que celles-ci procurent un sentiment de sportivité.
Nous avons aussi trouvé que la direction de la Kia était légèrement plus communicative que celle de sa rivale. Rien de bien grave, vous en conviendrez. De toute manière, l’enjeu est surtout de procurer un confort princier aux occupants. Et à ce chapitre, la présence de ces gros sièges capitaines à la deuxième rangée, et ce, à bord des deux modèles, confirme tout le potentiel d’une minifourgonnette. Avec ces éditions très cossues, Toyota et Kia ne font que reprendre un concept très populaire en Chine, soit celui des véhicules qui dorlotent leurs passagers avec des habitacles plus longs et équipés au possible. Avec ces fauteuils de type ottoman, nos deux protagonistes prouvent que la première rangée n’est pas toujours l’endroit le plus accueillant d’un véhicule.
Consommation de carburant : Avantage Toyota

Voilà assurément l’un des éléments les plus convaincants lorsqu’est venu le temps de choisir entre l’une ou l’autre des minifourgonnettes. Et à cet égard, la Toyota Sienna surpasse la Kia Carnival avec une moyenne de 5,8 litres aux 100 km. La Carnival, malgré le fait qu’elle soit limitée à deux roues motrices, n’a pu faire mieux qu’un 6,6 litres par tranche de 100 km. Pour arriver à ce résultat, nous avons conduit les deux fourgonnettes sur l’autoroute à une cadence maximale de 110 km/h, en plus de rouler sur un boulevard limité à 70 km/h, ainsi qu’une portion urbaine avec des arrêts/départs et quelques accélérations plus soutenues.
L’expertise Toyota en matière de motorisation hybride y est sûrement pour quelque chose et le fait qu’une minifourgonnette accusant un poids de plus de 2 000 kg soit capable de maintenir une moyenne inférieure à celle d’une berline compacte économique relève de l’exploit. Remarquez, la Carnival de Kia n’est pas très loin.
Nous devons également mentionner les cotes estimées par Ressources naturelles Canada et à ce propos, notre match a même permis d’enregistrer des moyennes inférieures à celles calculées par le ministère canadien. La Kia Carnival hybride peut maintenir une moyenne de 7,2 L/100 km, tandis que la Toyota Sienna se contente de 6,8 L/100 km.
Équipement et Prix : Avantage Kia




Pour ce duel de minifourgonnettes hybrides, nous avons eu droit aux variantes haut de gamme. La Kia Carnival Hybride portait l’écusson SX+, le plus cossu de la gamme avec un PDSF de 56 445 $ et un équipement très complet. Quant à cette Toyota Sienna Limited 4RM, son PDSF était un peu plus corsé à 65 865 $, mais avec l’ensemble optionnel Platinum, le prix avant taxes et frais atteignait le seuil très élevé de 70 678 $. On est bien loin des 51 000 $ et des poussières de la Sienna LE 2RM. Sur ce plan, Kia a l’avantage de proposer une Carnival hybride LX+ à un PDSF de 46 545 $.
Et quand on parcourt la liste d’équipements, la Sienna Limited avec ensemble Platinum est très bien nantie, elle qui compte même sur un petit réfrigérateur pour conserver quelques boissons ou même cet aspirateur pratique lorsqu’un dégât survient à bord. Notez également la présence de l’affichage tête haute à bord des deux rivales.
Mais, au-delà de ces artifices, les deux modèles sortent de l’usine avec beaucoup de contenu et un habitacle modulable à l’infini. Les gros fauteuils à la deuxième rangée sont malheureusement lourds à sortir pour le transport d’objets très encombrants dans l’habitacle.
Verdict

En comptabilisant les avantages de ce duel, nous arrivons à un match nul, mais notre cœur penche malgré tout vers la Sienna de Toyota. Le fait qu’elle puisse être commandée avec un équipement complet ou extra garni est un avantage, tout comme celui de la moyenne de consommation de carburant. L’enjeu de la fiabilité à long terme est également un atout dans le camp Toyota. Ce groupe motopropulseur est en service depuis quelques années; celui de la Kia est moins expérimenté. Et puis, on ne peut passer sous silence la valeur de revente de la Sienna qui demeure très élevée au fil du temps.
La Carnival hybride de Kia n’est pas à ignorer, d’autant plus que sa garantie est plus longue et que ses tarifs sont moins élevés, mais pour l’ensemble de l’œuvre, la Toyota Sienna demeure un « no-brainer » pour reprendre une expression anglophone à la mode.