Résumé
Les deux véhicules étaient en fin de cycle, mais le pari demeure audacieux, celui de les remplacer par des robotos et des robotaxis.

Tesla vient officiellement de retirer de la production ses deux piliers historiques, les Model S et Model X, deux modèles qui étaient tout de même âgés respectivement de 14 et 11 ans. Le constructeur se retire ainsi du segment des électriques plus cossues et même celui consacré à la très haute performance.  

La décision, annoncée lors de la conférence sur les résultats du quatrième trimestre 2025, a pris de court une industrie habituée aux coups d’éclat de Musk. Le grand manitou de Tesla a confirmé que la production des deux modèles cessera au deuxième trimestre de 2026, avec la chaîne de montage de Fremont en Californie qui sera entièrement reconfigurée pour produire les fameux robots Optimus.

Il faut se rendre à l’évidence : les Model 3 et Model Y représentent désormais près de 97 % des livraisons globales, ce qui explique en partie le retrait des S et X. Pourtant, si l’automobile électrique est si présente en 2026, c’est en partie grâce à cette berline Model S qui a démontré qu’il était possible de jumeler agrément de conduite et autonomie impressionnante à l’intérieur d’un seul véhicule.

Pour certains observateurs, ce n’est pas seulement une réorientation tactique, mais une véritable remise en question de l’identité même de Tesla : une entreprise automobile qui se détourne de l’automobile.

Le cœur de cette transformation repose sur une promesse qui frise l’utopie technologique : la production de robots humanoïdes à grande échelle. Tesla envisage, à terme, de fabriquer jusqu’à un million d’unités Optimus par année dans l’ancienne aile dédiée aux deux modèles qui seront bientôt envoyés à la retraite. Elon Musk a même affirmé que ces robots pourraient être plus importants pour l’entreprise que la vente de voitures électriques elles-mêmes, et a présenté des plans visant à mettre le modèle de robot « dans les foyers et les entreprises » d’ici 2027.

En parallèle, Tesla intensifie également ses efforts sur les robotaxis autonomes — une vision de mobilité sans conducteur où des flottes de véhicules entièrement autonomes circuleraient dans les métropoles dès la fin 2026. Le constructeur insiste : l’avenir est dans l’intelligence artificielle et l’autonomie, pas dans les voitures dites plus « traditionnelles ».

Tesla a toujours brandi l’avenir comme prétexte. Mais remplacer des véhicules par des promesses de robots et d’autonomie généralisée, c’est parier sur des technologies qui ne sont ni matures ni validées à grande échelle. Le robot Optimus n’existe pas encore, et le rêve du robotaxi entièrement autonome fait face à des défis réglementaires et techniques colossaux.

Tesla va investir plus de 20 milliards de dollars en 2026 dans l’intelligence artificielle, les robots et l’autonomie, ce qui explique en partie du moins pourquoi on assiste à une première baisse annuelle de revenus depuis sa création.

Reste à voir si l’abandon de ces deux vieillissants modèles sera bénéfique pour l’avenir de la marque qui semble désormais miser sur autre chose que l’automobile.

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Ayant étudié en journalisme à l’Université de Montréal, Vincent Aubé a décidé de joindre l’utile à l’agréable en consacrant sa carrière à couvrir tout ce qui a quatre roues et un volant.